Écrins - Col et lac de la Muzelle

Par manque de compagnons de randonue dans le Gapençais, je me dirige tôt ce samedi vers Valsenestre. Une heure et vingt minutes plus tard, c'est avec avec un léger retard que je retrouve Philippe et Jacques-Marie sur le parking. Le temps de se préparer nous entamons fraichement, à 8h30, ce que je sais déjà être la plus dure des randonnées qu'il m'ait été donnée de faire... Même pas peur !

Début facile, à l'ombre des sommets environnants et en sous-bois (que nous apprécierons au retour car c'est une denrée éminemment rare sur ce parcours). La pente légère nous permet de nous réchauffer en douceur. Nous doublons deux hommes au sortir de ce sous-bois et sentons un air déjà tiède, malgré l'heure et l'altitude, qui présage ce que sera la journée : chaude... Aussi en profitons-nous pour tomber le superflu !

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Juste avant d'arriver dans l'axe nord-sud de la vallée, nous remettons le short pour dépasser un petit groupe sur le point de quitter un refuge où ils ont bivouaqué. Se sera la seule fois que nous remettrons le short jusqu'à notre retour : les rares autres rencontres se passeront, comme presque toujours en montagne, avec beaucoup de courtoisie et de bienveillance des deux côtés.

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Nous commençons à alterner les zones d'ombre et de soleil, et nous nous régalons de ce spectacle très photogénique avec lequel nous jouons :

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Même en jetant un regard en arrière, le paysage est superbe avec la Pointe Swan à gauche où restent accrochés quelques névés et l'Aiguille des Marmes au fond. Tous deux à plus de 3000m, entourés de très belles crêtes qui donnent des idées à mes deux compagnons. Mais là, ce sera sans moi, hihi...

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Comme vous le verrez un peu plus loin, avec la lumière de l'après-midi, tous les détails du relief ressortent parfaitement avec des palettes de couleurs que seule Mère Nature est capable de composer.

Nous marchons à bonne allure malgré les pauses photos qui viennent agréablement entrecouper une montée de déjà 1000m en deux heures. 500m/h, voici une belle progression, surtout pour moi qui ai naturellement tendance à ralentir les deux bipèdes tendance chamois qui me précèdent et ont la délicatesse de m'attendre régulièrement.

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Mais voici qu'arrive la partie la plus impressionnante : le passage du Col de la Muzelle... Depuis déjà une heure, nous le voyons ce mur noir schisteux qui se dresse au fond de cette vallée et semble nous bloquer l'accès à notre Graal du jour. Mes recherches sur Internet m'avaient permis d'apprendre que le sentier qui permet de le gravir a été refait en juin de cette année. Sans cette information, je pense que j'aurais renoncé à la sortie... Et il s'avère que, malgré la forte pente, le sentier constitué d'étroits lacets est plutôt agréable à parcourir. Certes, il faut du souffle, mais il n'y a quasi aucune difficulté. C'est même presque plus facile que sur le sentier qui nous y a conduit, le tapis d'ardoise concassée forme en effet une surface très plane que mes chevilles apprécient tout particulièrement.

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A peine trois heures après notre départ, nous voici 1320m plus haut, à 2615m. De ce point culminant, nous pouvons apprécier une partie du chemin parcouru sans, finalement, d'autre difficulté que la distance et le dénivelé. Le relief forme une zone d'accélération pour le vent et nous apprécions la fraicheur qui y règne. Nous profitons tous les trois de cette pause pour dégainer nos appareils photo et, en ce qui me concerne, pour souffler un bon coup...

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La vue de l'autre côté n'est pas mal non plus ! Le Lac de la Muzelle 500m en contrebas forme une belle tache bleue dans ce décors minéral. Derrière lui se trouve la station de ski des Deux-Alpes et, encore derrière, le massif des Grandes-Rousses :

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Il est 11h30 et il nous semble tout à fait raisonnable de poursuivre vers le lac. La pente est moins raide sur le papier, mais avec moins de lacets, elle est finalement plus délicate que celle de l'autre versant.

En parlant de versant, nous sommes maintenant sur l'ubac (versant nord) et il reste des névés. Deux que nous traverserons à pieds, chacun y allant de sa technique, ainsi que plusieurs autres qui alimentent le lac en formant cascades et ruisseaux. Malgré l'habitude, je suis toujours étonné de voir ces quantités d'eau toujours disponibles en cette dernière moitié d'août.

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L'appel du lac et du repos qui s'annonce est fort et il nous faut à peine 1h15 pour nous installer sur ses berges. Philippe et Jacques-Marie, bien plus résistants au froid que moi, s'y jettent pour quelques brasses. Brrrr...

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Malgré l'effort (nous avons tout de même parcouru l'équivalent d'une bonne petite rando), je manque d'appétit et ne mange qu'un sandwich et une pomme avant de m'allonger et d'échanger quelques points de vue "techniques" sur la photo. Quoi qu'il arrive, je me suis régalé de ces paysages que j'aime tant. Mais malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et il nous faut donc quitter cet Éden pour reprendre notre chemin dans l'autre sens. Le soleil cogne et la fatigue de l'aller ne s'est pas dissipée, mais que voulez-vous, c'est l'jeu ma pauv'Lucette... Alors hauts les cœurs !

La reprise se fait en douceur dans l'ombilic glaciaire avant de re-franchir ruisseaux, névés et rochers.

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Vient ensuite la re-montée de ce verrou à la fois si solide et si fragile avec sa roche délitée. Je me prend même à imaginer que, dans quelques siècles, nos lointains descendants auront moins haut à franchir ! Le mur de schiste semble bien raide de ce côté-ci et mes compagnons ont, encore plus qu'à l'aller, besoin de m'attendre tant je peine. Surtout sur les derniers cent mètres...

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Enfin le col ! Record battu pour moi avec un peu plus de 1830m de dénivelée. Mais la voiture reste encore loin... Alors avant de se lancer dans la descente, il faut que je reprenne mon souffle. Ça tombe bien, il y a matière à apprécier cet arrêt à sa juste valeur :

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C'est maintenant au tour des cuisses, genoux et chevilles de souffrir ! Heureusement que je les fais un peu travailler ces derniers temps. Je reste néanmoins prudent sur mes appuis car la fatigue est bien présente. Mais avec un tel paysage, je me dis que je suis largement récompensé de mes efforts.

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Encore un regard en arrière pour contempler l'accès au col. Même quand on l'a franchi dans les deux sens, on se demande si c'est faisable sans équipement...

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Quelques centaines de mètres plus loin, je dois m'arrêter, complètement à bout de force, lessivé, rincé ! Craignant un moment le coup de chaleur, les symptômes m'orientent plutôt vers une belle crise d'hypoglycémie. Jacques-Marie m'offre des pattes de fruits tandis de Philippe va chercher de l'eau au premier refuge croisé à l'aller. Avec cet apport en glucides et un peu de repos, je peux reprendre le chemin presque comme si de rien n'était. Notre corps est décidément une étonnante mécanique !

Et nous retrouvons finalement les voitures après avoir parcouru environ 16.5km avec 1830m de dénivelée (et même plus pour Philippe). Dix heures de nudité totale sur les 10h30 passées sur ce GR54 (l'un des plus mal balisé que j'ai pu voir). Quel bonheur et quelle fierté d'avoir réussi à faire cette randonnue malgré mes limites physiques.

Merci mille fois à Jaques-Marie et Philippe pour leur soutien, leur aide, leur générosité et leur sollicitude. Merci aussi à cette Nature si belle et généreuse.


Randonnue Écrins

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