Parpaillon - Pic de Morgon

Préambule : Avec leur accord, j'ai recopié ci-dessous le récit que Pierre et Annick avaient eu la gentillesse d'écrire à l'issue de cette sortie. Je leur en suis reconnaissant pour cela et bien au delà... Un grand merci également à Philippe et Sylvie pour tous ces moments de bonheur partagé.

Les participants à cette randonnue sont Franck, l’organisateur (et coupable des photos de ce récit), Philippe et Sylvie, les voisins du plateau Matheysin, Annick et Pierre, les nouveaux dans le groupe des randonnueurs et rédacteurs de ce compte rendu.

Départ

9 h sur le parking au dessus de l’abbaye de Boscodon, l’air est déjà chaud, la tenue « correcte » s’impose d’elle-même… Durant nos préparatifs arrive une voiture avec à son bord un couple quinquagénaire et deux garçons d’une bonne vingtaine d’années dont un jeune noir qui attire notre regard. Un sourire paisible illumine son visage rond et gracieux… Les shorts et paréos refont leur apparition.

Franck, en bon habitué, se dirige vers les arrivants et leur explique brièvement notre particularité de randonnueurs. « Pas de souci » , répondent-ils. « Nous faisons aussi du naturisme et je me promène nue chez moi » , renchérie la dame ! Pierre lance alors : « Et bien venez avec nous ! ». « Pourquoi-pas », répondit-elle ; l’idée va faire son chemin… En fait, c’est tout bête, il suffit de se parler, d’ouvrir son cœur et tout devient plus simple…

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Culs nus, pieds nus !

Le chemin monte tranquillement dans une belle forêt où les feuillus côtoient les mélèzes, pin et sapins. Nous contemplons les restes des repas des écureuils qui jonchent le sol. Avec les framboises cueillies au bord du chemin, nous savourons les paysages ! Un groupe de trois personnes nous double calmement. Comme à l’accoutumé en montagne, bonjours et sourires s’échangent. Ils sont peut-être un peu plus sincères et ouverts que d’habitude…

Au détour d’un virage, nous découvrons une ravine déchiquetée, comme cette partie au sud des Alpes en offre de splendides. Des demoiselles, plus ou moins bien coiffées, s’élancent avec grâce à la conquête du ciel. Quelques arbres, en équilibre sur un promontoire où une crête, s’accrochent miraculeusement entre ciel et terre, la magie de la vie. Entre la forêt et les rochers, la nature nous offre toute sa palette de couleurs : vert, ocre, rouge, gris, il n’y a plus qu’a rajouter le bleu du ciel et le tableau est parfait…

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Arrivés au col de la Baisse, l’envie est trop forte pour Annick et Philippe d’imiter Pierre. Les chaussures rejoignent le pique-nique dans le sac à dos et nous voici, tous les trois, pieds nus sur le chemin. Foulant l’herbe encore humide à l’ombre, la terre meuble et chaude du soleil du matin, les douces aiguilles de mélèzes dans la forêt et les cailloux parfois un peu piquants sur une autre partie du chemin, le spectacle est également vivant !

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Totalement nus entre la terre et le soleil, immergés dans ces énergies apaisantes et régénératrices, nous retrouvons notre nature originelle. Je sens tout le chemin que nous avons parcouru depuis l’aube des temps, combien nous nous sommes progressivement éloignés de Gaïa, notre mère nature, généreuse et abondante. Nous avons voulu la domestiquer, la posséder, nous avons agi et agissons encore, même si cette époque se termine, comme des prédateurs. Et là, nus au soleil, pieds nus sur la terre, l’homme retrouve sa liberté, son essence, vibrant par tous les pores de la peau.

Le cirque

Plus loin après une courte descente, nous arrivons au lac, enfin ce qu’il en reste après l’été… Philippe recherche encore de nouvelles sensations en allant marcher dans le limon frais de ce petit lac de montagne. Nous le suivons à la trace…

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Pendant que Franck prend des photos, Pierre, en bon accompagnateur en montagne, cherche le chemin. S’inventant un itinéraire sur les arêtes du cirque, il cherche à se convaincre que le chemin est « par-là »… Annick, dubitative, avec sa grande expérience du terrain, se dit bien que le chemin n’est pas sur cette arête rocheuse… Pas facile de trouver son chemin sur un bout de carte photocopiée en mode rapide ! De retour dans le groupe, Franck nous indique le sommet… et le chemin… Évident ! Il suffisait de tourner un peu plus la tête dans cette immensité.

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Ça tombe bien, Pierre n’a plus rien pour accrocher sa médaille d’accompagnateur… Quant à Sylvie, la fatigue se fait déjà sentir. Elle commence à se demander si elle montera au sommet. Mais rassurée par cette arête moins difficile que nous l’avions pensé de prime abord, elle repart avec nous. Le paysage est superbe, nous apercevons Embrun et le bout du lac de Serre-Ponçon. De là haut, la vue doit être magnifique ! Quelques virages plus loin, Sylvie s’arrête, trop fatiguée ! Nous fixons un rendez-vous précis pour la retrouver à la descente et repartons d’un bon pas tous les quatre à l’assaut de la dernière montée.

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Rencontres au sommet

Arrivés sur la crête, la vue est surplombante. Nous apercevons des veines de rochers rouges, gris, ocres, virant presque au bleu par endroit, féérique ! L’arête n’est pas si difficile que nous aurions pu l’imaginer, le soleil est au rendez-vous, tout va bien.

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Le groupe que nous avions croisé sur le parking vient juste d’arriver avant nous. En nous voyant, la dame est époustouflée ! Ce n’est pas tant notre tenue qui la gène mais nos pieds nus… Après lui avoir dit qu’il y a plus de gens dans le monde qui marchent nus pieds qu’avec des chaussures, elle se dit qu’après tout nous ne sommes peut-être pas si fous… Pendant ce temps, nous voyons le jeune noir partir dans une démarche souple et gracile sur le chemin. Il pose doucement ses pieds, nus sur le sol et nous sourit : « C’est drôlement bon », nous dit-il. Et tout le monde éclate de rire devant cette démonstration inopinée. C’est la première fois qu’il vient en France. Il y a trois jours, il était encore au Sénégal. Il n’a pas très chaud, nous a dit la dame… Quel baptême ! De retour dans son pays, il dira que dans la montagne en France, on est tout nu !

Plus loin sur la crête après un court passage un peu rocheux, un groupe de quatre personnes : « C’est un mouvement de protestation ou pour votre plaisir personnel que vous êtes comme cela ? ». Nous sentons leur gène et proposons de nous habiller… Non, nous pouvons rester nus. Mais « c’est pas notre truc ! » disent-ils en s’éloignant. Les chemins, parfois, semblent nous éloigner les uns des autres… Nous nous sommes croisés.

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Le sommet est là, il n’y a que deux hommes avant nous et d’autres personnes en contrebas qui entament la descente. La vue est superbe, à 360° sur les Alpes environnantes. Les Écrins, l’Oisans, le lac à nos pieds, le mont Ventoux, là-bas au sud et par temps clair le Mont blanc tout au fond, au nord… Il n’y a rien d’autre à dire qu’à contempler et à laisser vibrer nos cœurs.

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Nous nous asseyons sur le bord de la montagne pour pique-niquer, d’autres groupes arriveront ensuite en passant dans notre dos, dont notre jeune sénégalais, hilare, pieds nus…

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Descente

Annick a remis ses sandales, Philippe et Pierre continuent de jouer avec les sensations des rochers dans la pente, de l’herbe, des cailloux, du petit ruisseau, du sable par endroit. La descente est un peu raide, nous sommes heureux d’avoir fait le tour dans ce sens là, merci Franck pour ce bel itinéraire en boucle bien choisi !

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Un patou, en bon chien de berger allant faire une petite visite à son troupeau de moutons, nous accompagne de son aboiement quand nous passons à distance du chalet d’alpage. Retrouvant Sylvie, nous faisons une petite pause café, elle n’y a pas eu droit au sommet et il reste de l’eau chaude dans le thermos d’Annick.

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Nous empruntons ensuite le chemin forestier. Carrossable, il est moins accueillant pour la plante de nos pieds. Pierre met sa paire de tongs et Philippe ses chaussures. C’est moins drôle mais plus confortable dans cette partie du chemin. Carrossable, il est donc emprunté par les véhicules des bergers et gardes forestier… Lorsque nous entendons le bruit d’un moteur qui descend de l’alpage, après un moment d’hésitation, nous choisissons de lui offrir la vue la moins « dérangeante » de notre anatomie. C’est vrai que nous avions oublié que nous étions nus… Le véhicule nous croise et s’arrête juste derrière la rangée de postérieurs. « Vous avez perdu quelque chose ? » nous demande le garde forestier avec un grand sourire… Avec nos réponses évasives de bon aloi, il repart tranquillement. Nous avons été plus gênés que lui !

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Parking

Comme tout itinéraire en boucle, il faut bien revenir à la voiture. Nous évitons le parking au bout de la route en suivant une sente un peu raide sur une arête dans la forêt et retombons sur le chemin qui nous ramène à bon port. Dans la lumière qui s’adoucit, nous retrouvons l’ambiance calme et intime de la forêt. Le contraste avec l’aspect désertique et minéral de l’alpage d’où nous venons, favorise le retour à l’intérieur de nous-mêmes, dans notre intimité profonde.

Dans les ravines que nous traversons, nous sentons la chaleur des rochers et, ce soir, nous sommes au cœur des aiguilles minérales et des éboulements du torrent que nous surplombions ce matin.

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Immergés dans un dernier bain de nature, nous suivons un petit chemin bucolique. Les ombres s’allongent. Après une dernière petite montée, nous sentons les rayons du soleil nous chauffer le dos et les fesses dans la forêt toujours accueillante… Le parking approche et il y a du monde à la fontaine de l’ours… J’imagine la surprise des gens qui doivent voir arriver sur un parking des « randonnueurs » dans des tenues aussi baroques qu’originales… En passant à leur niveau, une des dames apostrophe Pierre :
- Vous avez fait la randonnée comme cela ? demande-t’elle en me regardant.
- Oui, et même sans short lui dit-je en soulevant ma « jupette ».
- Oh ça je m’en fiche, mais pieds nus je n’en reviens pas… c’est vrai ? dit-elle autant à moi qu’à elle-même, avant de partir surprise par tant d’audace…
Elle se souviendra certainement plus de mes pieds nus, que notre tenue de randonnueurs… Comme quoi, nous nous compliquons peut-être un peu trop la vie en imaginant des choses qui n’existent pas !

En guise de conclusion

Voila, nous sommes de retour. Le soir nous pique-niquons au bord du lac avant de reprendre la route par le col du Lautaret que nous aimons tant tous les deux.

Après cette superbe journée, que dire de plus ? Annick et moi, nous avons une solide expérience de la montagne. Professionnelle pour moi, bénévole pour elle, nous avons encadré tous les deux de nombreux groupes en France et au Népal aussi. L’hiver en raquettes ou en ski de rando, comme l’été, nous avons arpenté les chemins, les grottes et les canyons. Pourtant, au plus profond de moi, de nous, il y a comme une énergie nouvelle. Nous nous sentons comme rassasiés.

Pour la première fois de ma vie, je crois, je ne sens pas la fatigue de la journée. Les muscles tirent un peu certes, mais pas de fatigue ! Nous avons pourtant bien marché, mais comme je ne suis pas du tout un homme de chiffre, je ne peux pas vous dire combien nous avons marché, ni en heure, ni en distance, ni en dénivelée et je ne connais pas les altitudes des différents points de notre balade ! « C’est pas vraiment pro, ça monsieur… »

Enfin bref, avec peut-être 1000m de dénivelée dans les pattes (positif, et donc aussi négatif… n’est-ce pas Franck, pas total !) nous ne nous sentons pas du tout comme lors des autres retours de rando, avant… Peut-être parce qu’il n’y avait pas le poids des vêtements à porter ? Je crois plus sûrement que le fait d’être nus dans la nature, en dehors de tout espace « réglementé et autorisé », nous permet de mieux sentir toute cette énergie dans laquelle nous baignons en permanence. Et de nous ressourcer pleinement, en toute liberté.

Mais ce n’est pas à vous tous que je vais l’apprendre ! En tout cas, une chose est sûre, nous avions déjà été nus dans la nature, très souvent, nous avions déjà randonné nus, mais là, en groupe, au vue et au sus de tout le monde, sans trop se cacher, en totale liberté, nous ne pourrons plus randonner autrement ! Un grand merci à vous tous de permettre cela par votre présence et votre action sur le monde.

Partie technique

Côté chiffres, le GPS donne :

  • Distance 17.6km
  • Dénivelée : 1180m
  • Altitude : entre 1540m et 2312m.

Randonnue Parpaillon

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